Plutôt qu’une simple présentation d’AccessiJeux, nous avions envie, vu leur positionnement spécifique, d’en savoir plus sur leur initiative. On a donc demandé à Xavier, son Président, de répondre à nos questions, ce qu’il a accepté avec plaisir.

Actuellement en recherche de fonds pour une imprimante braille en crowdfunding, nous vous invitons à les aider. C’est rare, ces initiatives et le fait est qu’on en a tous bien besoin ! Avant de passer à l’interview, je vous invite à regarder la vidéo pour comprendre l’intérêt réel de l’imprimante :

Bonjour Xavier, peux-tu nous expliquer plus en détail quelles sont les actions de ton association ?

L’association a pour objectif de rendre les jeux de société modernes accessibles aux déficients visuels. Dans le concret, ça se traduit par des ateliers d’adaptation des jeux dans notre local à Paris 12e, une boutique en ligne pour nos adhérents sur laquelle ils peuvent acheter leurs jeux adaptés par nos bénévoles au même tarif qu’un jeu non adapté. Ensuite il y a toute une partie animation : des soirées “jeux pour tous” qui réunissent joueurs valides et déficients visuels le premier jeudi de chaque mois, des animations dans des structures spécialisées, et des actions de sensibilisation au handicap visuel dans les festivals ludiques où l’on fait expérimenter aux visiteurs le jeu “à l’aveugle” avec un bandeau sur les yeux.

Comment a-t-elle débuté ? Et comment a-t-elle été perçue au début ?

Elle a débuté suite à une partie avec des amis à un moment où je me questionnais pas mal sur une éventuelle reconversion, ma vie étant depuis près de 20 ans consacrée à la musique. Étant moi-même très malvoyant je me suis dit que je n’étais probablement pas le seul bigleux à devoir adapter des jeux pour y jouer ou à être frustré devant des boîtes injouables pour un déficient visuel… Avec mes amis joueurs on a trouvé qu’il y avait matière à monter une asso. On a d’abord monté un groupe Facebook pour être certain que le sujet n’intéressait pas que nous et vu l’accueil qu’on a reçu à la fois du monde du handicap et du monde du jeu, on a pas mis longtemps à passer à la création de cette association.

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Comment est-elle financée ?

Il y a à la fois des financements privés et publics : les adhésions et les dons privés, des opérations de collecte qu’on a organisé (MicroDON, Marché de Noël, Crowdfunding…) et aussi un soutien financier et en terme de locaux de la part de la Mairie du 12e arrondissement de Paris.

Y a t’il beaucoup de salariés, de bénévoles et d’adhérents ?

Il y a 0 salariés… Il faut dire qu’on a qu’un an et 3 mois d’existence ! Je suis le seul bénévole à plein temps mais il y a beaucoup de bénévoles qui gravitent autour de l’asso, que ce soit pour les animations ou pour les ateliers. On a aussi un graphiste bénévole et des bénévoles pour le montage des vidéos de notre site. On vient d’avoir l’agrément pour recruter des jeunes en service civique ce qui veut dire que l’équipe va s’agrandir dès le mois d’avril. Au niveau adhérents on est presque à 40 et notre communauté sur Facebook est de 770 membres.

Êtes-vous situé sur Paris uniquement ?

Pour l’instant pour les animations que nous organisons oui. Mais des festivals nous sollicitent partout à travers la France et nous nous déplaçons quand financièrement c’est à des conditions acceptables pour notre petite trésorerie ! (LudiNord, FLIP, OctoGônes, FIJ…)
On commence à avoir des bénévoles en province qui peuvent répondre à des sollicitations si c’est compliqué de nous faire venir depuis Paris et on compte bien développer cette manière de fonctionner…

Comment arrivez-vous à être présents sur les rencontres ludiques en dehors de Paris ?

Pour qu’on soit présents sur un festival, la condition de base est qu’on ne paye pas notre stand. On se considère plus comme un prestataire pour les festivals que comme un “client”. Pour eux c’est intéressant de pouvoir communiquer sur le fait que leur festival est accessible à tous alors en contrepartie, on leur demande de nous inviter. A défaut d’être rémunéré dans les festivals on fait en sorte qu’ils nous défraient d’une manière ou d’une autre. On finit presque toujours par se mettre d’accord car l’intérêt est mutuel !

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Recherchez-vous des représentants locaux ? Et si oui, comment doivent-ils s’y prendre pour intégrer votre équipe ?

On a passé il y a quelques semaines un appel sur Facebook pour avoir de l’aide sur Paris et on a eu des appels de Province ! Pour le moment tout ça se construit petit à petit, au feeling… On a une bénévole à Lyon qui devrait bientôt faire une animation à St-Étienne mais avant, elle va profiter d’un déplacement pro à Paris pour faire connaissance avec nous et avec le matériel adapté et la façon de le présenter… On a pas encore les moyens de créer de grosses filiaires locales… On ne sait même pas s’il y a de la demande pour ça…

Combien de jeux avez-vous déjà adaptés ?

Pour l’instant on en a une trentaine dans la ludothèque. Cetains sont adaptés mais certains sont juste des jeux qui fonctionnent tel que pour les déficients visuels : Quixo de Gigamic par exemple.

Quels styles de jeux adaptez-vous le plus souvent ?

En créant l’asso on voulait se lancer dans des gros jeux style SmallWorld, 7 Wonders, etc… Puis on s’est rendu compte que pour l’instant nos adhérents étaient plus portés sur du jeu familial et enfants. La médiatisation de l’asso fait qu’on commence aussi à avoir pas mal de demande pour les séniors ! Pas facile de les contenter mais on va tâcher de les faire jouer à autre chose qu’au Loto et au Scrabble… On a des animations à venir dans ce but là…

Est-ce vous qui les choisissez ou c’est une demande précise de la part de vos “clients” ?

Non les jeux, c’est nous qui les choisissons. Souvent c’est en regardant TricTrac, Ludovox ou VideoRègles qu’on se fait une idée sur un jeu et si l’éditeur ou le distributeur du jeu est partenaire avec notre asso, on leur demande de nous envoyer une boîte. Ensuite on se réunit, on fait nos adaptations, on teste le jeux lors des animations et si c’est concluant, on finit par l’ajouter à la boutique.

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En parlant de “clients”, qui sont vos principaux “clients”, particuliers et professionnels ?

Il y a des adultes déficients visuels, des parents d’enfants déficients visuels bien contents de trouver enfin autre chose que le 7 familles en Braille, des ludothèques, des professionnels du paramédical… C’est très varié et je crois que c’est pour ça que l’association marche bien.

Dernièrement, vous avez lancé une campagne de crowdfunding pour financer une imprimante braille. Peux-tu nous expliquer en quoi cette imprimante et si importante pour vous ? À quoi va-t-elle vous servir ?

En fait les chiffres dont on dispose montrent qu’un nombre très confidentiel de déficients visuels savent lire le Braille. C’est pour ça que nos adaptations n’utilisent pas le Braille, comme ça un non-brailliste peut jouer avec nos jeux. On utilise des stickers tactiles en résine transparente qu’on fait spécialement fabriquer chez un imprimeur relief. Mais on s’est rendu compte lors de nos soirées que ceux qui lisent le Braillent seraient encore plus à laise avec du braille qu’avec nos stickers. Le but étant de mettre chaque joueur dans des conditions de confort optimales pour jouer on s’est dit qu’on devait s’y mettre… Mais nos bénévoles qui sont valides ne connaissent pas le braille et en plus ça n’est pas toujours les mêmes qui viennent. Cet outil permettait à n’importe qui à l’asso de taper un texte sur un ordi et de le voir s’imprimer en braille immédiatement. Mais l’outil coûte cher et on ne pourrait jamais l’acheter sans l’aide des participants à notre crowdfunding… Enfin, c’est pas encore fait donc, participez, on a besoin de vous !

Quels retours avez-vous eu par rapport à cette demande de financement participatif ?

Ça marche par vagues… c’est pas facile le crowdfunding. Il faut relancer les gens sans les harceler… leur expliquer en quoi leur geste est important pour nous mais aussi pour eux… Le handicap visuel on y est tous confronté un jour ou l’autre et quand on est passionné de jeux je pense que c’est un virus qu’on a envie de partager avec un max de personnes, au delà du handicap… A chaque notification de don qu’on reçoit on a un petit sourire qui se pointe ! Et il y a des personnalités du monde du jeu qui participent ce qui nous touche encore plus…

Je suppose que tu étais un joueur avant tout ça, comment es-tu tombé dedans ? Par quels jeux as-tu commencé ? As-tu un autre travail en plus de l’association ? Dis nous tout 🙂

Je suis tombé dedans il y a une quinzaine d’années avec Catane puis j’ai commencé ma collection de jeux ! Carcassonne, Citadelles, Puerto Rico, Agricola… J’ai alors redécouvert les jeux de société car comme beaucoup j’en étais resté au Monopoly et au Cluedo des années 80 ! Euh oui car j’étais déjà né dans les années 80 ! 😉
Sinon, ça fait presque 20 ans que j’auto-produis une carrière de chanteur (allez voir sur Deezer !). Je fais dans la chanson française !
Créateur dans l’âme j’ai aussi voulu me frotter à la création ludique et c’est un peu comme ça que j’ai commencé à m’immiscer dans ce joli monde du jeu, à participer à des soirées jeux, des festivals, à sympathiser avec des auteurs et des éditeurs, et finalement lancer l’association.

Merci Xavier pour tes réponses 🙂

Pour en savoir plus sur AccessiJeux, rendez-vous sur leur site ou leur groupe Facebook 🙂


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