Keep Talking And Nobody Explodes

  • 1 à X joueurs
  • 5 minutes (avant le BOUM)
  • 14,99 €

Moitié jeu vidéo, moitié jeu de société, Keep Talking And Nobody Explodes fait appel à un ordinateur et un manuel papier pour un jeu de communication en situation extrême. Explosif !

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Un jeu qui dynamite les frontières ludiques

Quand j’étais jeune (hier ou presque), le jeu vidéo se pratiquait à plusieurs. Autour d’une même console ou durant ces fameuses « LAN parties » à base de cascades de multiprises. Mais, grâce à des connexion Internet plus fiables, le jeu vidéo multijoueur se pratique désormais seul chez soi. Ironique et un peu dommage non ?

Heureusement la scène indépendante semble avoir décidé de remette au gout du jour la pratique du jeu vidéo à plusieurs sur le même canapé. Les formats se multiplient et s’éloignent parfois tellement du jeu vidéo « classique » qu’ils flirtent alors allégrement avec le jeu de société.

En effet, si on s’arrête au matériel, Keep Talking And Nobody Explodes pourrait être qualifié de jeu vidéo pour l’un des participants et de jeu de société pour les autres. Je m’explique.

Le démineur mais en mieux

Dans KTANE (pour les intimes), les joueurs incarnent une équipe de démineurs aux prises avec une valise piégée et retorse. Pour limiter les risques humains, un seul des joueurs est invité à manipuler la valise, les autres joueurs (pas fous) l’aidant à distance et bien à l’abri.

Dans les faits, le joueur téméraire se place devant l’ordinateur, visualise la valise à l’écran et la manipule à l’aide de la souris comme dans un jeu vidéo classique.

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Les autres participants doivent s’éloigner de l’ordinateur avec interdiction de voir l’écran, tout en restant à portée de voix bien entendu. Eux possèdent pour tout matériel un livret d’une vingtaine de pages : le manuel du parfait petit démineur.

Par défaut le manuel n’est fourni qu’en anglais mais des amateurs l’ont traduit en français, heureusement pour nous.

Une fois le compte à rebours enclenché, le joueur devant l’écran doit détailler ce qu’il voit. Plusieurs mécanismes (une vingtaine de types différents) sont accrochés à la valise et chacun doit être désactivé dans le temps requis pour éviter l’explosion. Les règles de désamorçage sont déterminées en fonction du type de mécanisme et de ses caractéristiques et varient à chaque partie. Mais le joueur devant l’écran n’en a pas connaissance !

Le manuel, consulté uniquement par les joueurs, détaille en revanche les procédures pour chaque configuration. Mais elles ne sont jamais simples à mettre en œuvre. On y trouve des consignes du genre « Si le mécanisme comporte trois fils mais aucun rouge, coupez le troisième fil mais s’il n’en comporte que deux dont un noir coupez le fil bleu ». Vous voyez le genre.

Pendant la partie, les esprits s’échauffent. Le compte à rebours, bien que visible par l’unique joueur devant l’écran, impose le rythme. Les voix se mêlent : le joueur décrit ce qu’il voit tant bien que mal, l’un de ses partenaires quémande des précisions tandis qu’un autre supplie d’appuyer sur le bouton rouge. Plus la pression monte, moins la communication est efficace. Le ton monte, le risque d’erreur aussi. BOUM !

Mon petit cœur fait boum !

Keep Talking And Nobody Explodes est donc un jeu de communication en conditions extrêmes. Le thème de la bombe est un prétexte bien connu pour mettre en scène un compte à rebours. Je vous rassure, ce thème n’est pas du tout traité dramatiquement dans le jeu.

Si vous voulez vous familiariser avec le jeu, des missions prédéfinies vous exposent les principes petit à petit. Pour varier les plaisirs et augmenter la durée de vie, il est possible ensuite de déterminer vous-même la durée de la mission et la difficulté des mécanismes. Certains sont très retors et parfaitement construits pour maximiser les risques d’erreur. Vous n’êtes donc pas au bout de vos peines.

Après quelques parties avec les mêmes joueurs, des automatismes s’installent. Les mécanismes déjà connus sont plus simples à décrire. On peut mieux s’organiser et même résoudre plusieurs mécanismes parallèlement si chacun se voit confié une section du manuel.

KTANE est, dans son genre à part, une réussite. L’hybridation jeu vidéo/jeu hors écran fonctionne à plein et met directement dans l’ambiance en imposant une communication efficace. Elle permet une belle rejouabilité en variant les rôles.

Reste à trouver les conditions pour y jouer. À noter que le jeu est compatible avec les casques de réalité virtuelle, ce qui peut permettre d’isoler encore davantage le joueur à la valise. Mais, à plus petit budget, on pourrait tout simplement éloigner les participants et les faire communiquer par talkie-walkie (ou téléphone) pour renforcer l’immersion.

Le jeu coûte actuellement 14,99 € sur le site du jeu ou la plateforme Steam. Le manuel se télécharge gratuitement pour l’imprimer vous-même :

On adore

  • Le mariage entre un jeu vidéo et un jeu de société ;
  • L’asymétrie des rôles qui impose une communication efficace ;
  • La variété des mécanismes ;
  • La tension des parties.

On déplore

  • L’interface du jeu (bien que minimale) uniquement en anglais ;
  • L’absence de traduction officielle en français du manuel ;
  • La difficulté trop grande de certains mécanismes qui font appel à la mémoire ;
  • La difficulté d’emporter ce jeu partout (préférez d’ailleurs une version sans DRM – Mécanisme de gestion des droits d’accès – achetée directement sur le site du jeu).

 

Dans ce genre de jeux de communication en situation d’urgence, on peut aussi vous recommander­ :

  • Space team, jouable sur autant de téléphones que de participants.
  • Captain S.O.N.A.R, un jeu de Roberto Fraga et Yohan Lemonnier sans écran et par équipe à paraître chez Matagot.

Oups…