Zombie A Social Club est un jeu de cartes fun et décalé qui va être proposé en kickstarter le 16 octobre 2018. C’est, pour ma part, un vrai coup de cœur, que je suis depuis février et que j’ai pu essayer sur Paris est Ludique qui s’est tenu en juin dernier. Aujourd’hui, je souhaite vous expliquer pourquoi je veux participer au kickstarter de ce jeu et pourquoi je vous invite à le faire aussi.

Z(A)C un jeu qui détonne…

Rien de mieux pour piquer votre curiosité, que d’interviewer directement Pierre-Yves BONNET, auteur du jeu (interview réalisée le 10/10/18).

Bonjour Pierre-Yves.

Florie : Tout d’abord, en quelques mots présente nous Zombie A Social Club !

Pierre-Yves : C’est un jeu de cartes stratégique et tactique qui se déroule dans un univers post apocalyptique où 4 communautés ont survécu : les punks, les hippies, les survivalistes et les capitalistes. Chacune de ses factions se dit que c’est peut-être le meilleur moment pour devenir les maîtres du monde. L’objectif pour gagner est d’obtenir 7 points de victoire. Le jeu propose plein de différentes façons de les obtenir : attaquer d’autres joueurs, attaquer les zombies du centre-ville, fonder des colonies ou bien encore obtenir les faveurs d’un personnage V.I.P. Entre nous, il faut le dire, c’est surtout un jeu de coup-bas et de vice, on peut le qualifier aussi de « putassier ».

Comment en es-tu arrivé à te dire un matin : tiens et si je créais un jeu ?

Cela fait longtemps que je traîne dans le milieu du jeu. J’ai fait des scénarios pour Casus Belli, travaillé dans des boutiques de jeux, filé des coups de main aux éditeurs ou encore collaboré sur des projets récents comme « Orc quest ». J’avais envie de faire un jeu qui casse les codes et qui me fasse triper. Je connais Karim BERROUKA, auteur du « Club des punks contre l’apocalypse zombie » et j’ai trouvé dans son livre l’univers décalé et la matière pour faire un jeu. Comme à ce moment-là les planètes étaient alignées : un peu de temps libre, une mise de fond disponible, l’accord de Karim et de son éditeur plus un illustrateur disponible : Melvin Zed, je me suis lancé.

Melvin était le dessinateur de… ?

Melvin, c’est Melvin quoi. Pour l’histoire, Karim chantait pour Ludwig von 88, groupe d’influence punk alternatif français. Melvin était l’illustrateur du groupe (Jaquette, affiches de concert, T-shirt…)

Du coup, ce jeu, tu le destines plutôt à quel public ?

Avec Adel, avec moi au début du projet, nous sommes des vieux gamers, on faisait beaucoup de jeux de rôle mais aussi du plateau et du Wargame napoléonien. On peut dire qu’on est de gros techniciens du jeu, on aime quand les règles sont denses ! Donc le jeu de cartes n’était pas une évidence au début. On était plus partis vers un jeu de plateau. Mais on s’est dit, à tort avec le recul, que pour un premier jeu, un jeu de cartes, c’était bien car plus simple. C’était sans compter sur les problèmes d’équilibrage, le souci d’avoir un jeu sexy et profond sans trop de règles. Et surtout, devoir imaginer pleins d’illustrations différentes, ce qu’on a fait au maximum car on à 78 cartes différentes sur 112.

Au début, on a donc voulu faire un jeu technique à destination plutôt des joueurs aguerris. Mais dès qu’on a commencé à le faire jouer dans les festivals et les salons, on a eu plein de « casual gamers » qui étaient attirés par le jeu. Malheureusement, on les perdait assez vite dans la gestion et les règles. On a donc créé une deuxième version, jouable par tous ( et même par des 12/14 ans!). C’est le même jeu, avec le même matériel, sauf que les 2 premières pages du livret sont pour des joueurs occasionnels qui ont envie d’un party game plutôt que de règles denses et de mécaniques plus fouillées.

La dynamique du jeu est assez innovante (par exemple, le jeu peut gagner). Quelles autres caractéristiques le font sortir de l’ordinaire ?

C’est flatteur mais d’autres jeux proposent que le jeu gagne. Un point que l’on aime bien est que la mécanique du jeu est prévue pour toujours niveler le joueur le plus fort vers le bas et ainsi permettre aux autres de se maintenir. Pour moi, c’est l’univers qui est innovant (en dehors des Zombies), jouer des punks, des hippies dans un univers apocalyptique, ça ne se voit pas souvent.

Depuis combien de temps es-tu sur ce jeu ?

18 mois

Quelle a été l’ambiance lors de la conception?

Bonne avec beaucoup de bières… On a renoncé à les passer en frais de gestion, on aurait été endetté de 450 000 € (rires). L’ambiance était vraiment bonne, se retrouver pour parler des règles, du jeu, c’était bien. On nous a beaucoup soutenus, les Devil Pigs Game (gros techniciens du jeu) nous ont beaucoup apporté. On s’est nourri de l’expérience et des retours de beaucoup d’auteurs : Pascal Bernard, Fred Bizet, Alexis Campard entre autres. Certaines connaissances sont d’ailleurs devenues des amis au fil de cette expérience.
Les retours des professionnels et des particuliers ont été tout aussi importants.

Vous l’avez fait jouer rapidement ?

Le premier proto était fait au bout d’un mois. Aujourd’hui, c’est la 6e version et aucune évolution majeure depuis noël 2017. Pour moi, le projet est stable maintenant. A partir du mois de mai, on s’est appuyé sur les coupons réponses anonymes que l’on demandait de remplir à chaque joueur après chaque partie. Sur plus de 480 bulletins, on a obtenu une note moyenne de 8.4/10. Les retours étaient très positifs.

As-tu eu des moments de doute ?

Sur le jeu, jamais. Sur des moments de galère, oui. En particulier quand on passe d’auteur à éditeur. Il faut constituer une SARL, voir des fabricants, etc. Et s’apercevoir qu’on n’aura pas assez de sous pour tout faire. Des amis nous ont rejoints pendant le projet car c’était beaucoup de travail en plus de notre métier. Aujourd’hui, on est 7 sans compter l’illustrateur et quand la « To Do List » du kickstarter est tombée, à faire en 1 mois, que l’on se retrouve avec 63 points à gérer… Forcément, tu doutes. Mais je ne me plains pas. Tout d’abord parce que c’est un choix. J’ai de la chance que ma compagne fasse partie de l’aventure et me soutienne car c’est aujourd’hui beaucoup de concession sur ma vie privée. Ensuite, j’aime les challenges et la satisfaction de réussir au-delà des difficultés.

Le financement participatif, un choix ou la seule option ?

Il y a deux questions pour moi.

La première : d’auteur pourquoi devenir éditeur ?
Le problème est la rémunération des auteurs qui est entre 4 et 8 %. Des éditeurs étaient intéressés par le jeu mais il fallait faire beaucoup, beaucoup de concessions sur le thème et la mécanique pour gagner 5% de 19€. De plus, on était allés bien au-delà de la démarche habituelle avec des illustrations abouties et des prototypes, ce qui a effrayé certains éditeurs pour qui le projet final n’aboutirait pas à ça.

La 2ème question est pourquoi passer d’éditeur à distributeur ?
Car je ne me suis pas retrouvé dans les politiques des distributeurs qui te propose de faire du dépôt vente sans forcément savoir quelle communication va être mise en place pour appuyer à terme ton jeu. A moins d’avoir obtenu des récompenses « classiques» (As d’or, Spiel…) pour être assuré d’être « poussé » par les distributeurs (qui au passage prennent 20% de marge), tu n’es sûr de rien. Nous, on a obtenu un seul prix et on en est fier : le prix « coup de cœur du jury » à Rouen, et on n’a pas du tout prétention à obtenir une autre récompense. C’était pour saluer l’ambiance que le jeu à apporté sur le festival et le côté « feel good » de l’équipe. Pour résumer, la distribution classique est une trop grande prise de risque.

On se tourne donc vers le kickstarter car c’est le meilleur moyen de verrouiller la production et donc éventuellement limiter la casse et de surveiller les coûts. C’est un vrai challenge car c’est une montagne de boulot. En plus, on a multiplié les difficultés en voulant, par exemple, limiter notre empreinte carbone. On a donc trouvé un fabriquant français. Les cartes sont en Linen 310 et papier recyclé. Notre seule concession est sur l’emballage. On voulait du papier kraft mais trop de contraintes, ce sera donc un film plastique. Choisir un fabriquant français, c’est aussi pour satisfaire les joueurs car je ne vois pas l’intérêt de recevoir un jeu 1 an voir 18 mois plus tard. On lancera donc la production 1 mois après avec une date de livraison officielle en février 2019. Si tout se passe vraiment très bien, peut-être avant, ce qui ferait un beau cadeau …

Le lancement est pour le 16/10 c’est très proche, ton ressenti à quelques jours du départ pour une belle aventure ?

Détendu, apaisé, serein …

Sérieux ?

Non, pas du tout, je suis en stress avec plein de détails à régler. On subit beaucoup de pression. Si le jeu marche, les fonds seront réinvestis pour notre prochain jeu qui sera un jeu de plateau qui déchire.
Sinon j’irai vendre mon corps au bois de Boulogne
Tu prévois un kickstarter pour ça aussi ??

 

Une extension est déjà prévue, tu es déjà dans l’après ? As-tu un scoop à nous donner ?

Déjà, dans le pledge, il y aura un art book du format de la boite (A5) de 72 pages avec chaque personnage du jeu et un texte d’ambiance. On a imaginé l’histoire contextualisée des personnages et interview de Karim et Melvin. Il aura aussi : Melvin, dessine-moi un zombie. 5 participants pourront se faire dessiner en zombie et les cartes intégreront le jeu. Il y aura une surprise pour les fans de musique à chaque passage de pallier avec beaucoup de références.

Et il y aura une surprise aux alentours d’halloween mais je n’en dis pas plus !

Pour finir, si tu pouvais me dire en 3 mots tout ce que cette aventure représente pour toi ?

Pas facile, je ne m’y attendais pas. Je dirais excitant, éreintant et curieux. Mais éreintant, ce n’est pas très positif. Pourtant le projet l’a toujours été alors je dirais Zombie, c’est un peu le centre du jeu !

J’en profite pour te parler de l’opération : Sauve un cochon !

Nos amis de Devil Pigs Games ont été présents à tous les moments sur notre projet, aussi bien sur la mécanique pour pointer ce qui allait ou pas, qu’au niveau graphique en nous suggérant comment mettre en lumière le formidable travail d’illustration de Melvin. On souhaite les aider à notre tour dans un passage difficile de leur aventure. Pour chaque jeu vendu, 1 € sera réservé pour l’achat de jeux (Kharnage), dans leur stock afin de les soutenir. Ces jeux, seront mis à disposition gratuitement des ludothèques ( ce qui nous fera un peu de pub au passage).

Merci Pierre-Yves. Bon courage pour la suite.

… Et qui cartonne

Après cette interview, honnête et sincère, me voilà encore plus pressée de pouvoir posséder ce jeu. Vous l’aurez compris, c’est un jeu à l’univers décalé et fun où tout ce qu’il vous reste de neurones sera mis à contribution pour gagner. On prend littéralement plaisir à ne pas être trop fort puisque les zombies ont une très nette attirance pour les joueurs ambitieux. Et on se réserve le droit aux pires coûts bas possibles pourvu que le point nous revienne.

Vos amis deviendront vos ennemis autour d’une bonne tranche de rigolade. Alors n’hésitez pas, c’est aujourd’hui qu’il faut mettre votre contribution à l’œuvre.