Maudite Momie

  • 2 à 6 joueurs
  • Âge : 8 ans et +
  • Durée de la partie : 20 min
  • Auteur(s) : Christian Lemay
  • Illustrateur(s) : Nils
  • Année de sortie : 2016
  • Prix : 12 €
  • Éditeur : Le Scorpion Masqué
  • Site officiel

Maudite Momie est un petit trésor ludique : malin, taquin et très accessible.

« Stop ou encore ». Encore ?

Le principe du « quitte ou double » (renommé dernièrement « stop ou encore » pour des obscures raisons marketing) est l’un des moteurs principaux et ancestraux du jeu. Le même qu’on retrouve au casino, quand on décide sur un coup de tête de placer l’intégralité de ses économies sur une seule case de la roulette. Toute la tension se retrouve concentrée dans ce court moment de destin où tout peut basculer !

L’émotion ressentie par le joueur est bien sûr décuplée s’il risque d’y laisser sa chemise. Malheureusement je ne joue pas aux jeux d’argent et ces palpitations me restent inconnues. Je pratique bien le jeu de société mais son usage classique du « stop ou encore » me laisse toujours un petit goût d’inachevé, trop dépendant de cette fameuse chance. J’aime le hasard dans le jeu mais je veux aussi pouvoir avoir mon mot à dire (ou au moins pouvoir le croire).

C’est apparemment le même constat qu’a fait Christian Lemay, auteur et éditeur de Maudite Momie, pendant la création du jeu. Ce qui l’a conduit à introduire quelques subtilités bienvenues mais sans renier la simplicité élémentaire du concept.

> Pour ceux qui aiment voir l’envers du décor, Christian Lemay raconte la conception du jeu dans son carnet d’auteur sur Tric Trac.

Prends l’oseille et tire-toi

Dans Maudite Momie, on explore une pyramide pour en extraire des cartes trésors, mais attention, dans certaines pièces des monstres rôdent qui pourraient ruiner votre expédition.

cartes-tresor

La première astuce séduisante du jeu est de matérialiser la prise de risque au dos des cartes trésors. Un code couleur limpide : du rouge pour des gains plus importants mais des risques accrus, du vert pour les « petits joueurs » prudents et l’orange entre les deux.

Chouette idée déjà que de rendre justice à la face verso des cartes, si souvent délaissée (la pauvre…). Une élégante façon de replacer un peu de contrôle aux mains du joueur. Au moins, a dû se dire l’auteur, si ça se passe mal, le joueur ne pourra s’en prendre qu’à lui-même, c’est bon pour ma tranquillité.

La deuxième astuce est de faire du « stop ou encore » d’un joueur une décision collective. Si le joueur estime avoir pris trop de risques, il peut à son tour de jeu ne rien faire d’autre que « sécuriser » ses trésors (le pleutre !), c’est à dire empocher leur montant sans risque. S’il estime plutôt qu’un autre joueur a été trop gourmand il peut alors lui demander de révéler son jeu et mettre un « Stop ! » retentissant à son exploration. Le verdict est simple : si l’accusé possède au moins autant d’amulettes que de monstres sur ces cartes, il empoche ses trésors sans utiliser son propre tour de jeu. Sinon, il perd toutes les cartes trésors collectées.

Autour de la table, tout a basculé ! Le bluff est entré en jeu. Je ne dois rien révéler sur mon propre jeu. Surtout ne pas tiquer quand je tire un monstre en trop ou jubiler quand je pioche une amulette. Ou alors je fais semblant de tiquer pour attirer l’accusation de la part d’un adversaire ? Et lui, il accumule les trésors sans ciller, c’est suspect ! Les mécanismes du bluff sont bien connus et ajoutent une épaisseur bienvenue et parfaitement intégrée au quitte ou double.

Pour renforcer les prises de risque, l’auteur, vicieux, a également introduit deux appâts supplémentaires :

  • Des pouvoirs aux monstres, en faveur de l’accusateur bien sûr, qui incitent à dénoncer ses adversaires ;
  • Des couleurs de trésor qui multiplient les gains et qui encouragent donc de continuer l’exploration encore et encore. Et encore ?

Maudite Momie est entièrement articulé autour de ces deux dimensions (le stop ou encore mâtiné de bluff), très simples à appréhender. La boîte annonce un âge minimum de 8 ans mais on l’imagine sans mal joué par des plus jeunes, quitte à ne pas exercer les pouvoirs spécifiques des monstres lors des premières parties.

Une petite boîte d’amulettes

L’édition également fait tout pour le rendre le plus accessible. J’ai déjà parlé des couleurs du dos des cartes trésors mais l’ensemble est pensé pour faciliter l’accès : les règles sont simples à lire, les cartes agréables à prendre en main.

Le matériel également est très soigné. Les illustrations, très réussies et parfaitement dans le ton, marient l’imaginaire des archéologues de fiction (Indiana Jones, Lara Croft et tous leurs clones de séries B) et la loufoquerie de leurs piteuses tentatives d’enrichissement. La boîte est petite mais adaptée ; une fois ouverte elle dévoile la piste de score.

On remarque au fur et à mesure des parties tous les détails et clins d’œil que se sont amusés à glisser l’éditeur et son illustrateur, Nils, visiblement emballés par le projet. Un monstre fan de Pink Floyd ne peut pas être complètement mauvais, n’est-ce-pas ?

frankenstein

Notre avis

Maudite Momie est un petit bijou ludique, très accessible et suffisamment taquin pour mettre de l’ambiance autour de la table. Un beau faire-valoir pour la mue en cours son éditeur québécois : Le Scorpion Masqué.

On adore

  • Une rencontre évidente entre le « stop ou encore » et le bluff
  • Une édition très soignée et des illustrations parfaitement dans le ton
  • Un jeu très facile d’accès

On déplore

  • Là tout de suite rien, mais je vais continuer à creuser.

 

La vidéo d’explications des règles par l’éditeur

L'avis de la rédac'