Alexandre Droit est un auteur lyonnais, hyperactif du jeu de société : il a plein de jeux sortis récemment ou à venir très bientôt. Et comme il aime faire vivre ses jeux, c’est un routard des conventions et festivals de jeux. Donc où que vous alliez, vous risquez de le croiser, lui et ses jeux ! On a eu envie de le faire parler un peu, parce qu’il a plein de choses intéressantes à dire.

Bonjour Alexandre, est-ce que tu peux te présenter, toi et ton entrée dans le monde ludique ?

Bonjour !

Je suis un lyonnais de 42 ans, j’ai travaillé en tant qu’infographiste pendant une quinzaine d’années. Je suis actuellement un chômeur qui fait des jeux ! Tout a commencé comme ça :

En 1994, je fais des études en communication visuelle et publicité. Le thème de fin d’année : créer un jeu de société ! Whaooouu ! Quelle drôle d’idée ! Et… pourquoi pas ? Quelques règles à ce défi : nous avons environ un mois et demi et devons travailler en binôme.

Avec un collègue (Laurent Ruptier, depuis devenu un ami !), nous créons un jeu en bois, un jeu de stratégie qui se nomme “Taktik”. Nous finissons premiers de la promo et passons en dernière année. C’est ce même jeu qui nous réunira dix ans plus tard !

2005, chômage et… Créations !

J’ai eu mon diplôme ! J’ai travaillé en tant qu’infographiste, le temps a passé. Je suis au chômage, Laurent aussi ! “Et si nous essayions de créer des jeux, en attendant de retrouver du boulot !” Pendant 8 mois, nous n’allons faire plus que ça !

Nous sommes plutôt contents du résultat mais : sommes-nous crédibles, nos jeux existent-ils déjà, sont-ils suffisamment intéressants, pouvons-nous faire mieux…?

Pour le savoir, nous commençons à rencontrer plusieurs personnes de cet univers, testons nos jeux entre amis, dans les bars, les cafés jeux… Testons encore et encore, modifions…

Puis, un beau jour de 2010 (oui, il faut être patient !), un de nos jeux arrive tout droit dans les mains de Matthieu d’Epenoux, (dirigeant de la société Cocktail games), qui me contacte et m’annonce qu’il veut éditer “Foutrak”.

L’aventure commence !

J’aurai attendu 6 ans ! Oui, je le redis, il faut être très patient !!!

Je ne dirais pas que cela fut difficile. En 2006, j’avais retrouvé du boulot, du coup, je faisais ça à côté, je croisais de temps à autres des petits éditeurs dans la région (à l’époque nous avons du en rencontrer 4 où 5).

D’ailleurs, notre premier jeu signé n’était pas Foutrak, nous avions signé un autre jeu avec une maison d’édition lyonnaise ! Celle-ci nous a menés en bateau pendant au moins deux ans et le jeu n’est finalement jamais sorti.

Qu’est-ce qui t’anime dans la création de jeux ?

J’aime sentir que les gens passent de bons moments, les voir rire, partager, échanger…

Que les jeux soient fun ou tactiques, que les gens à la table soient joueurs ou non, j’aime que les règles soient rapidement appréhendées et que tous s’amusent vite.

J’aime quand un jeu est “créateur de bonne humeur”, intergénérationnel…

Des jeux comme : Crazy Cups, Zik, Le bois des Couadsous, Mimtoo… ont cette force.

Rapidement expliqués et immédiatement générateurs de bonne ambiance.

J’aime aussi quand on me raconte des anecdotes sur un de mes jeux… Certaines sont rigolotes, d’autres touchantes… je me sens utile, je prends conscience que les jeux se baladent. Car même si je le sais, tout ça n’est pas très “palpable”. Du coup, ça fait plaisir d’entendre ces petites histoires !

Tu as plusieurs jeux édités, et pas mal de sorties à venir, avec des éditeurs comme Ravensburger ou Opla. Comment les approches-tu ?

Je cible les éditeurs par rapport à leur gamme, j’ai la chance de faire des jeux qui peuvent correspondre à plusieurs. Mais avec l’expérience, les échanges et les diverses rencontres avec le monde ludique, je suis forcément plus précis qu’au début. J’essaie aussi d’aller vers ceux avec qui j’aimerais travailler ou retravailler !

Qu’est-ce qui change d’un éditeur de jeux de société à l’autre ?

Les aventures sont différentes mais toutes intéressantes, que les éditeurs soient gros ou plus petits ! Jusqu’à maintenant (si on enlève le premier épisode lyonnais), j’ai toujours eu de la chance. Tous ont été à l’écoute, il y a réellement eu à chaque fois de vrais échanges et, pour moi, de belles rencontres.

Après, il y a forcément plein de paramètres à prendre en compte. Avec le temps, des affinités et même des amitiés se sont créées. Sur certains projets, il y a moins de protagonistes, du coup, le jeu me ressemble plus. Je crois aussi que les gens me connaissent mieux, il savent qu’ils peuvent compter sur moi et que mes quinze ans d’expérience dans la communication et l’édition peuvent servir.

Avec Florent Toscano des Jeux Opla ou François Koch des Jeux FK,  j’ai vraiment été impliqué à tous les niveaux et je les en remercie ! (Recherche de l’illustrateur, mise en page, nom du jeu… Bref, la totale !)

Mais je le redis, la taille de la maison d’édition ne veut pas dire grand chose : avec Jean-Baptiste Ramassamy de Ravensburger par exemple, sur “Dawak”, nous avons réellement travaillé main dans la main et avons tous les deux donné notre maximum pour ce jeu (lui et la team Ravensburger hein !). L’esprit du jeu d’origine est resté, mais le travail en équipe a permis de le démultiplier !  

Je vois la chose de la manière suivante : moi, mon boulot d’auteur, c’est de faire un bon jeu, de même que celui de l’illustrateur est de bien l’illustrer et celui de l’éditeur de bien l’éditer !

Évidemment, dit comme ça, c’est un peu simpliste mais si ces trois personnes sont ouvertes, discutent et s’entendent bien, tout devrait logiquement bien se passer, non ?

Au final, à mon avis, le plus important est de faire confiance aux autres et être conscient qu’on ne fait rien tout seul.

Dawak jeu Alexandre Droit

Gloobz a eu un certain succès, comment l’as-tu appréhendé ? Comment le fais-tu vivre ?

C’est génial ! Les gens me racontent plein d’anecdotes, certains enfants vont se coucher avec les figurines, d’autres les emportent partout avec eux…!

Les réactions sur les salons sont d’enfer, voilà un bon exemple de moments qui me motivent : les rires et l’ambiance générale lors d’une partie de Gloobz !

La team Gigamic a fait un boulot incroyable et à tous les niveaux : le choix de l’illustrateur, le matériel, la com hallucinante… Voilà pour moi un éditeur qui fait tout ce qu’il faut.

Le jeu se vend toujours très bien, je sais que tout comme moi, Gigamic est content.

J’espère que ce n’est que le début et que mes petits Gloobz continueront leur « invasion » !

De mon côté, je porte tous mes jeux le plus possible, je continue à le sortir dès qu’une occasion se présente : soirées jeux, salons, comités d’entreprises…

Gloobz jeu Alexandre Droit

Est-ce que cela t’a ouvert les portes des éditeurs plus facilement ?

Je ne sais pas si Gloobz a changé les choses, je ne crois pas.

J’avais déjà signé d’autres jeux (Rings up! avec Blue orange et Dawak avec Ravensburger) avant que Gloobz ne soit en boutique.

Je crois surtout que depuis un petit moment les éditeurs commencent à me connaître, ils savent que je fais les choses à fond, que quand je présente un jeu, il est abouti. Ça ne peut pas marcher à tous les coups, mais je crois que les éditeurs ont compris cela.

J’imagine aussi qu’avoir trois ou quatre jeux qui sortent cette année me donne une autre crédibilité.

Comment testes-tu tes jeux ? À quel point tu prends en compte les retours des premiers joueurs ?

Le plus souvent, ma chérie est ma première testeuse ! Après, Il est important pour moi de faire tourner mes protos avec plein de personnes différentes : des gens pas très joueurs, des “vrais” joueurs, les copains CAListes, les boutiques, les cafés jeux, les salons…

Avec ces tests divers, je me rends assez vite compte si des choses ne fonctionnent pas, si le jeu plaît et si je tiens quelque chose ou non.

Bidul’z, le prototype qui deviendra Gloobz !

Tu fais partie de la CAL. Est-ce que tu es membre d’autres associations du genre ?

Attention, la CAL n’est pas une association ! Ça aurait pu le devenir mais, après réflexion nous avons souhaité que ce soit juste un regroupement de « copains », une structure souple et informelle, sans histoires d’argent, de trésorerie, de paperasses…

Il y a une trentaine de CAListes, on s’arrange entre nous, à notre manière, si manière il y a ! Les implications sont diverses et variées, nous ne voulons surtout rien imposer, du coup, chacun fait comme il veut et je crois qu’il ne faut pas que cet esprit change.

C’est d’ailleurs plutôt chouette de voir que cette façon de fonctionner ne nous empêche pas de promouvoir la création ludique lyonnaise, je crois même que c’est rassurant pour les nouveaux arrivants. Mais désolé, je me suis un petit peu égaré par rapport à la question !

Je fais partie de deux chouettes associations : Moi j’m’en fous je triche et Ambiances et Jeux. Cette dernière est une association récente créée par des CAListes !

Pollen

Alexandre Droit qui explique son jeu Pollen 🙂

Lors des Rencontres Ludiques de Lyon, tu nous as dit que les professionnels du paramédical se servaient de tes jeux pour travailler avec leurs patients. Est-ce que c’est quelque chose que tu cherches à développer ?

Avec mon premier jeu (Foutrak), j’ai appris qu’il a été joué en maison spécialisée par des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Sur plusieurs de mes jeux (Foutrak, Visual panic, Gloobz et Rings up!) j’ai eu beaucoup de retours de ce type venant de psychologues, psychomotriciens, d’orthophonistes et même d’ophtalmologistes !

Mais en fait, non ! Rien n’était calculé ! Je n’aurais jamais pensé que mes jeux puissent être utilisés par ces différents corps de métier.

Il me semble avoir pensé à tout cela seulement quand je travaillais sur “Bagooz” (l’ancien Rings up!). Je m’étais dit que j’allais sans doute avoir de nouveau des témoignages de cet ordre et ça a effectivement été le cas ! Mais je ne l’ai pas fait dans ce but.

Mais maintenant que je sais tout ça, j’en suis fier ! Ce n’est peut-être pas grand chose, mais c’est tout de même génial de savoir que certains de mes jeux ont contribué à faire passer de bons moments à des enfants ou à des personnes âgées en difficulté, non ?
Rings Up jeu Alexandre Droit

Une question un peu plus terre à terre : est-ce que tu peux vivre du jeu, aujourd’hui ?

Non ! Même si cette année il se passe de très jolies choses pour moi, je suis loin de pouvoir vivre de mes jeux, il me faudrait au moins le double ! Ce qui serait vraiment cool, car ça voudrait dire que je pourrait passer une année de plus à ne faire que des jeux !

Je me suis accordé trois ans (de octobre 2013 à octobre 2016) pour me faire plaisir et pour faire les choses à ma manière ! En étant totalement conscient qu’il est très dur pour un auteur de vivre de ses créations : en France, il y a environ dix personnes seulement qui y arrivent !

Mais bon, je ne me plains pas, l’année prochaine est plutôt prometteuse ! Le souci, c’est que les ventes ne sont pas faciles à quantifier. Mais je suis conscient d’être un peu privilégié, beaucoup d’auteurs aimeraient toucher mes droits d’auteur. Même si la somme n’est pas faramineuse, les ventes de mes derniers jeux sont plutôt bonnes.

Après, ça reste aussi une notion très “ambigüe”, car nous n’avons pas tous les mêmes besoins : certains se contenteront de la moitié de mes droits d’auteur, d’autres auront besoin de quatre fois plus !

Pour terminer, as-tu un scoop, une info à nous donner sur une éventuelle prochaine sortie ?

Un scoop, oui, et même plusieurs je crois !

J’ai deux nouveaux jeux qui arrivent, entre fin 2015 et début 2016 :

Le premier est un petit jeu tactique pour deux joueurs. Il va s’appeler “Aquatika” et sera édité par Jeux FK (encore un lyonnais !).

Le second est un jeu pour 2, 3 ou 4 joueurs. Je ne connais pas encore le nom.

Difficile de le décrire simplement. C’est un jeu de tactique, de bluff, il y a aussi un peu de chance, une pincée de mémoire mais surtout, une bonne dose de roublardise !  

Celui-ci sera édité par Paille Éditions.

Au niveaux des projets :

Avec Nicolas Bourgoin et Florent Toscano nous avons créé deux jeux. L’un devrait sortir l’année prochaine, il se nomme BOK ! C’est un jeu d’adresse fun (mais pas que !), avec des sous bock.

Pour l’autre, je garde un peu de mystère !

Une dernière chose qui m’excite vraiment : nous allons faire le jeu d’une BD !

Je dis nous, car pour ce projet nous sommes plusieurs.

Je vous dirai juste qu’un certain Florent Toscano sera encore de la partie !

Pour la BD, il existe déjà cinq tomes et il y en aura six au total. Elle est absolument top et vous n’en saurez pas plus pour le moment !!!

Ah ah ah !!!

"Plooof", le proto du futur Aquatika

« Plooof », le proto du futur Aquatika

Un message à faire passer ?

Non ! Enfin si, pour les “jeunes auteurs”, soyez patients !

Ça vaut le coup, car quand tout ça vous arrive, c’est vraiment génial !

Un grand merci pour tes réponses, ta générosité et ta transparence 🙂

Merci à toi, merci à vous !

 


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